On a parlé science ouverte avec la communauté d’HackYourPhD

Fin janvier, quelques membres des associations Les Indisciplinés et HackYourPhD se sont retrouvés pour un « Open Goûter » à La Paillasse, haut lieu des pratiques scientifiques alternatives à Paris*.

HackYourPhD se présente comme une communauté d’intérêt sur la science ouverte. Guillaume, son cofondateur, a pu nous en dire un peu plus sur ce que recouvrait ce terme. Pour lui, la science ouverte se définit à l’interface entre une conception de la connaissance comme bien commun, de nouvelles pratiques numériques, des mouvances comme celles de l’open access, de l’open data ou des nouveaux modèles économiques fondés sur la collaboration et le partage.

Fondée en 2013, HackYourPhD œuvre aujourd’hui plus à aider à y voir clair dans toutes les discussions autour de ces termes qu’à imposer sa propre vision. En effet, de nombreux acteurs se sont depuis appropriés ce vocable sans pour autant partager une vision commune. Guillaume a par exemple cité la commissaire européenne à la recherche et à l’innovation qui utilise le concept de science ouverte pour désigner une vision de la recherche avant tout ouverte sur ses retombées économiques et sociales. Les éditeurs scientifiques en ont également fait un modèle économique dans lequel se sont les producteurs de connaissances qui payent pour mettre celle-ci librement à disposition. Avec leurs démarches d’open data de nombreuses institutions se revendiquent de ce mouvement alors que la mise à disposition de données brutes mais pas forcément utilisables est discutable.

Derrière le terme d’Open Science, c’est en réalité une grande variété de questions et d’enjeux qui peuvent être abordés :

  • La question de la reproductibilité des résultats scientifiques (ex. en psychologie).
  • La question de la transparence et de la traçabilité des pratiques scientifiques.
  • La question de la réutilisabilité des données.
  • Les questions relatives aux processus de publication. A ce propos nous avons longuement échangé sur l’intérêt de la mise à disposition d’articles sur les serveurs d’archives ouvertes tels que Hal.  Cette démarche pouvant permettre de rendre la science plus accessible, mais aussi dans certains cas les articles plus cités, d’éviter l’accaparement de la connaissance par les éditeurs mais posant aussi des questions de validation de la qualité des contenus. Nous avons également parlé des diverses licences existantes ; des mouvements comme les « slow-sciences«  qui cherchent à remettre en cause les logiques de publish or perish, des risques de dérive de type open-washing qui tout en revendiquant le terme de science ouverte sont en fait des formes de predatory publishing, d’ubérisation et de précarisation des chercheurs.
  • Les questions d’accessibilité de la recherche, en abordant par exemple le cas des Mooc, initialement pensés pour rendre des contenus de haut niveau accessibles au plus grand nombre mais qui tendent à devenir payants et/ou ne sont pas consultés par de nouveaux publics.
  • Des dynamiques de communautés et des stratégies déployées pour entretenir la motivation de ceux qui contribuent à des pratiques scientifiques pour des raisons autres que leur intérêt professionnel (par exemple au travers de démarches de sciences citoyennes, ou dans les communautés de logiciels open source).

Avec chacune de ces problématiques, on aborde des préoccupations différentes et des visions plurielles de la science. Lorsque qu’on regarde par exemple de plus près la question des modèles économiques on peut aller de formules donnant la priorité à des motivations économiques jusqu’à des visions avant tout idéologiques (cf. Richard Stallman, « free as in freedom not like in free beer« ) en passant par des enjeux d’efficacité avant tout (le libre comme manière optimale de faire du code).

Au cours de la discussion de nombreux exemples d’initiatives ainsi que de nombreux outils ont été cités et peuvent être retrouvés sur le Framapad du goûter. On a aussi pu noter un certain nombre de petites choses, plus ou moins faciles et rapides à mettre en place pour faire évoluer nos pratiques au quotidien :

  • Déposer ses articles en pre-print sur des serveurs d’archives ouvertes (pour mieux cerner ce que l’on peut faire ou ne pas faire voir Sherpa Romeo) ;
  • Utiliser des solutions comme Zotero (migrer de Mendeley à Zotero) pour la gestion de ses bibliographies, faire des bibliographies collaboratives, etc. ;
  • Travailler sur la mise à disposition de ses données brutes de manière exploitable ;
  • Analyser ses propres processus de recherche pour identifier où des améliorations sont possibles, éventuellement en se faisant accompagner. Ne pas hésiter à poser des questions, à prendre part à des communautés (ex. StakOverflow pour la programmation).

Nous avons enfin ébauché une réflexion sur les ponts qu’il y aurait à faire entre questionnements sur les enjeux climatiques et open science. Bien entendu, on pense au besoin de fact-checking et de transparence des processus de recherche pour renforcer encore la crédibilité des arguments scientifiques sur les réalités du changement climatique. Mais on peut aussi penser à la connaissance et au climat comme à deux biens communs à défendre ensemble. On peut penser à l’importance de l’accessibilité de certaines données pour permettre aux populations les plus vulnérables de se préparer aux changements à venir, etc…. Débat à prolonger donc !!

D’ici là, n’hésitez pas à interagir avec HackYourPhD, à poser vos questions, à nourrir la discussion sur Facebook ou sur Twitter @HackYourPhd

*La Paillasse est un « laboratoire ouvert & interdisciplinaire au cœur de Paris offrant sans discrimination d’âge, de diplôme ou de revenu, le cadre technique, juridique et éthique nécessaire à la mise en œuvre de projets collaboratifs et open-source ».

Colloque du 14ème Forum International de la Météo et du Climat : un compte-rendu un peu plus critique

En mars dernier, en coopération avec le Comité d’organisation du 14ème Forum International de la Météo et du Climat (FIM) neuf Indisciplinés avons pu assister à une riche journée d’échanges consacrée à l’adaptation des infrastructures et des réseaux au changement climatique. A l’issue de cet évènement nous avons écrit, pour le dernier numéro de la Revue de la Météorologie (La Météorologie – n° 98 – août 2017), un bref compte-rendu qui revient de manière assez neutre sur les sujets qui ont été abordés. Mais nous avons aussi beaucoup échangé entre nous et avions envie de mettre par écrit un complément un peu plus critique des questions que ces débats ont soulevées entre nous.

« N’est-on pas allé un peu vite dans le cadrage de cette problématique de l’adaptation des infrastructures et des réseaux ? ». C’est la question qui semble émerger de notre analyse de cette journée :

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Atelier raisons d’être scientifique

Pourquoi faire de la recherche ? Pour qui ? Avec quels financements ?

Le 23 mai, nous lançons le premier atelier d’une série qui a pour but d’échanger sur les réponses de chacun à ces questions. On commencera par ancrer le débat avec une perspective historique.

Céline Pessis nous présentera un petit panorama de la critique des sciences dans les années 70, autour de la revue Survivre et vivre. Nous discuterons ensuite de la façon dont cette critique est toujours (ou plus) d’actualité dans notre pratique de la recherche, et des suites que nous pourrons donner au sein de l’association à ces questions.

Vous pouvez vous inscrire ici.